L’adolescence est une phase charnière de l’évolution cognitive. Ainsi, le développement d’un trouble mental lors de cette période peut affecter de manière profonde la vie des personnes en souffrant.
Selon l’Organisation mondiale de la Santé, un jeune sur sept, âgé de 10 à 19 ans souffre d’un trouble mental à l’échelle mondiale, ce qui représente 15 % de la charge mondiale de morbidité dans cette tranche d’âge. Les troubles anxieux y occupent une place prépondérante, touchant 4,1 % des 10-14 ans et grimpant à 5,3 % chez les 15-19 ans.
Un mal-être profond derrière le masque du quotidien
En France, un adolescent sur quatre présente des signes évocateurs d’un trouble anxieux généralisé (24 % chez les filles, 25 % chez les garçons), selon les chiffres récents du Baromètre Ipsos 2025.
Ce mal-être s’exprime souvent par un épuisement physique et psychique intense, puisque 72 % des jeunes déclarent ressentir une fatigue persistante. Paradoxalement, cette souffrance reste largement souterraine. Plus de la moitié des adolescents identifiés comme anxieux affirment pourtant « aller bien ».
« S’ils n’en parlent pas, c’est d’abord parce qu’ils n’en n’ont pas envie (34 %) ou qu’ils considèrent que ce n’est pas assez grave (32 %) ou qu’il faudrait d’abord qu’ils en parlent à leurs parents et ils ne le veulent pas (25 %). Près d’un ado sur quatre déclare aussi qu’il aurait trop peur que les autres le découvrent (22 %) » explique les rédacteurs du Baromètre Ipsos.
Un trouble se manifestant sur les plans corporel et comportemental
L’anxiété affecte tout autant l’esprit que le corps. Les adolescents anxieux peuvent développer divers symptômes : accélération du rythme cardiaque, accélération de la respiration, transpiration, tremblements, étourdissements et mains moites. Son comportement est aussi susceptible de se modifier. L’adolescent peut présenter de l’agressivité ou encore de l’irritabilité.
Des attaques de panique, un excès d’inquiétude, de doute, de craintes ou des pensées obsessives sont observés chez les jeunes anxieux.
Qui plus est, l’anxiété peut pousser l’adolescent à se tourner davantage vers un terrain addictif que ce soit par la consommation d’alcool, de drogues ou encore une utilisation abusive des écrans.
Un entrelacement de facteurs de risque
Plusieurs déterminants s’entremêlent pour fragiliser cette population. Au-delà du tempérament individuel, l’OMS pointe l’influence de l’environnement familial, de la pression à la conformité aux pairs et de l’exploration identitaire.
Les normes de genre et l’influence des médias numériques exacerbent le décalage entre la réalité vécue et les aspirations de l’adolescent.
À cela s’ajoutent des facteurs aggravants comme la pauvreté, la violence ou la discrimination. Sans prise en charge, ces troubles peuvent mener à l’exclusion sociale, à des difficultés éducatives ou à des comportements à risque, notamment la consommation de substances (22 % des 15-19 ans consomment de l’alcool mondialement).
Prévenir et agir pour sécuriser l’avenir
Pourtant, l’anxiété n’est pas une fatalité. Des leviers de prévention existent pour aider les jeunes à retrouver un équilibre. Santé Publique France insiste sur l’importance cruciale de l’hygiène de vie : un sommeil régulier, une activité physique et le maintien de liens sociaux de qualité sont des remparts essentiels.
Développer des capacités d’adaptation et apprendre à résoudre des problèmes permet de transformer une situation perçue comme menaçante en un défi surmontable. Briser le silence demeure l’étape la plus nécessaire, car identifier le trouble précocement permet d’éviter que les conséquences ne se fassent sentir jusqu’à l’âge adulte.