La fenêtre de sensibilité nutritionnelle à l’adolescence : de quoi on parle ?

Dans la troisième série d’article dédiée à la santé des adolescents de novembre 2021, Le Lancet a choisi d’axer l’ensemble de cette série sur la nutrition (https://www.thelancet.com/series/adolescent-nutrition). Il faut savoir que cette série a bénéficié d’un lancement sous forme d’une visioconférence au cours de laquelle chacun des auteurs présentait de façon très concise son article.

Parmi cette série d’article, je vous propose de décrire le premier qui fait un état des lieux sur le sujet, à partie d’une revue narrative de la littérature.

Pour commencer, les auteurs soulignent que si les sociétés savantes de pédiatrie ont investi la nutrition pendant les 1 000 premiers jours à juste titre, très peu d’intérêt n’a été porté à la nutrition pendant l’adolescence jusqu’à présent. Et pourtant, les auteurs rappellent l’incidence potentiellement majeure d’une prise en charge et d’une politique de santé nutritionnelle adéquate (fameuse fenêtre de sensibilité nutritionnelle) puisqu’entre l’âge de 10 et 19 ans, un adolescent acquiert en moyenne 20 % de sa taille finale, 50 % de son poids final, 40 % de la masse osseuse finale, une augmentation de taille du cerveau mais aussi un développement considérable de plusieurs systèmes physiologiques.

L’article se déroule en deux parties. Dans une première partie, une « Heat map » est présentée. Il s’agit d’une carte qui collige des données de 54 millions (!) d’enfants et adolescents âgés de 4 à 19 ans et qui montre l’effet des environnements et des contextes nutritionnels sur la taille et l’IMC des filles et des garçons. On peut y voir des disparités avec, par exemple, des situations de dénutrition dans le continent africain, des situations d’obésité en Océanie et dans quelques pays du Moyen Orient ou encore un IMC plutôt normal en Europe de l’Ouest.

La deuxième partie de l’article s’attèle à regrouper les données dont on dispose sur l’effet de la santé nutritionnelle sur la santé globale à l’adolescence, et ceci en déclinant comme suit : la puberté, la croissance staturale, la composition corporelle, le système immunitaire, le développement cérébral, l’état de forme cardiorespiratoire (« Cardio-respiratory fitness »), et la grossesse à l’adolescence. Et il faut dire qu’il y a là un effort considérable de synthèse de la part des auteurs, avec quelques vignettes spécifiques à certains pays dans un effort d’être représentatif des adolescents du monde entier.

Sans pouvoir tout reprendre dans ce tweet, on y lit par exemple :

  • que la nutrition conditionne la durée de la puberté ce qui impacte le risque d’obésité à l’âge adulte,
  • ou encore que la consommation de produits caloriques altère le processus d’auto-régulation et donc le fonctionnement cérébral,
  • qu’un régime alimentaire déséquilibré conduirait à une moindre efficacité des macrophages et les neutrophiles,
  • de l’effet de la nutrition des adolescentes sur le déroulement de leur grossesse et la santé de leur enfant,
  • etc.

Pour finir, les auteurs mettent en avant que la nutrition à l’adolescence est un déterminant majeur de la santé à l’âge adulte mais aussi celle de leur descendance. Seulement, pour proposer des actions efficaces, encore faut-il disposer de données suffisantes sur lesquelles s’appuyer. Et c’est là où les auteurs tentent de nous convaincre : il est plus que nécessaire et justifié de mener des projets de recherche au sujet de la nutrition à cette période spécifique de l’adolescence.

Norris SA, Frongillo EA, Black MM, Dong Y, Fall C, Lampl M, Liese AD, Naguib M, Prentice A, Rochat T, Stephensen CB, Tinago CB, Ward KA, Wrottesley SV, Patton GC. Nutrition in adolescent growth and development. Lancet. 2022 Jan 8;399(10320):172-184. doi: 10.1016/S0140-6736(21)01590-7.