Addiction

Vapotage : une pratique courante chez les jeunes aux dangers encore flous

Le 4 février 2026, l’Agence nationale de sécurité sanitaire (Anses) a publié un rapport approfondi sur les connaissances actuelles relatives au vapotage. Ce travail d’envergure analyse l’usage de la cigarette électronique à la fois chez les adultes et chez les adolescents, mettant en lumière des évolutions contrastées en matière de santé publique.

Une chute spectaculaire du tabagisme chez les jeunes

L’un des constats les plus marquants concerne la chute spectaculaire du tabagisme chez les jeunes. Chez les adolescents de 15-16 ans, la consommation de cigarettes classiques est passée de 31 % en 1999 à seulement 3 % en 2024. Cette baisse significative constitue un signal encourageant dans la perspective d’atteindre une génération sans tabac à l’horizon 2032, objectif inscrit dans le Programme national de lutte contre le tabac (PNLT 2023-2027).

Cependant, cette avancée s’accompagne d’un phénomène préoccupant : la progression du vapotage chez les adolescents. L’Anses souligne que le profil des jeunes vapoteurs se caractérise par un usage précoce, socialisé et encore instable, souvent initié sans expérience préalable du tabac. Plus d’un vapoteur sur deux est un utilisateur quotidien, révélant une installation rapide de cette pratique dans les habitudes.


Un adolescent sur deux vapote selon l’Anses

En 2023, près d’un adolescent sur deux déclarait vapoter tous les jours. Cette fréquence élevée, malgré une ancienneté moyenne d’usage inférieure à un an (9 mois), témoigne d’une normalisation rapide du comportement. Le vapotage s’inscrit souvent dans des dynamiques sociales : usage en groupe, après l’école ou lors de moments festifs. Contrairement aux adultes, la motivation principale n’est pas le sevrage tabagique, mais plutôt l’appartenance à un groupe ou la recherche d’expériences sensorielles.

Le statut tabagique des adolescents vapoteurs est hétérogène : 54 % sont à la fois fumeurs et vapoteurs, tandis que 32 % n’ont jamais fumé. Ce dernier chiffre confirme que le vapotage constitue désormais une porte d’entrée indépendante du tabac.


Les dispositifs jetables privilégiés

Les dispositifs jetables, notamment les « puffs », connaissent un succès important. Plus d’un quart des adolescents en font leur dispositif principal, une proportion deux fois supérieure à celle observée chez les adultes. Leur popularité s’explique par leur facilité d’utilisation, leur coût modéré et l’attrait des saveurs. Les e-liquides sont souvent sans nicotine, mais les jeunes présentent une méconnaissance notable des caractéristiques techniques (dosage, composition, sels de nicotine).

Malgré leur interdiction en France début 2025, les utilisateurs arrivent encore à s’en procurer aisément dans les épiceries, en ligne ou sur les réseaux sociaux.

La pratique du « do it yourself » (DIY) est moins fréquente que chez les adultes, mais elle comporte des risques spécifiques : près de 40 % des adolescents concernés utilisent des produits non destinés au vapotage. L’approvisionnement s’effectue majoritairement en boutiques spécialisées, mais aussi via des circuits informels, avec un critère d’achat dominé par le prix.


Des effets moins nocifs que le tabagismes

Sur le plan sanitaire, les données disponibles indiquent que les effets du vapotage sont globalement moins graves que ceux du tabagisme. L’absence de combustion réduit significativement l’exposition aux substances toxiques et cancérogènes. Toutefois, la présence de composés nocifs dans les aérosols et de nicotine, substance addictive, impose une vigilance.

L’évaluation des risques reste limitée par le manque de recul. Le vapotage étant relativement récent, les études ne disposent pas encore de suivis sur plusieurs décennies. L’absence actuelle de maladies chroniques avérées chez les vapoteurs n’ayant jamais fumé pourrait ainsi refléter ce manque de données plutôt qu’une innocuité réelle.


Des risques à éclaircir

Les recherches présentent également des limites méthodologiques : absence de caractérisation précise des expositions, recours à l’auto-déclaration, difficulté à isoler les effets du vapotage de ceux du tabagisme ou d’autres facteurs environnementaux (pollution, allergènes, infections). La diversité des dispositifs, des e-liquides et des pratiques complique encore l’interprétation des résultats.

En France, le vapotage s’inscrit souvent dans un contexte de polyconsommation : 65 % des vapoteurs sont également fumeurs. D’autres usages, notamment de substances psychoactives, peuvent interférer avec les effets observés. Par ailleurs, certaines dimensions restent peu étudiées, notamment les effets du vapotage pendant la grossesse sur le développement neurologique, immunitaire ou endocrinien du fœtus.

Une réglementation en pleine évolution

Sur le plan réglementaire, l’Union européenne encadre les produits du vapotage depuis 2016, mais de manière moins stricte que le tabac. En France, des mesures complémentaires ont été adoptées : interdiction dans certains lieux publics, limitation de la vente aux mineurs, et plus récemment interdiction des dispositifs jetables en 2025. Des discussions sont en cours concernant l’interdiction des arômes attractifs.

À l’international, les stratégies divergent. Les États-Unis ont renforcé leur réglementation face à la hausse du vapotage chez les jeunes, tandis que le Royaume-Uni et l’Australie encouragent son usage comme outil de sevrage chez les adultes. Malgré ces approches différentes, l’enjeu reste commun : rendre le vapotage accessible aux fumeurs souhaitant arrêter, tout en limitant son attractivité pour les jeunes non-fumeurs.

Ainsi, le vapotage apparaît comme un phénomène ambivalent : outil potentiel de réduction des risques pour les adultes, mais source de nouvelles préoccupations en matière de santé publique chez les adolescents.